dimanche 15 novembre 2015

Conférence "les arts de la citoyenneté", Mamadou Diouf, historien, mardi 17 novembre 2015, 20h, Hexagone

Une soirée avec l’historien sénégalais Mamadou Diouf

CONFÉRENCE — MARDI 17 NOVEMBRE 20H
HEXAGONE MEYLAN

Spécialiste de l’histoire du Sénégal, de la démocratie et de la citoyenneté en Afrique, Mamadou Diouf contribue à la présence de l’Afrique sur la scène intellectuelle mondiale. Il s’intéresse en particulier à la jeunesse et aux diverses formes de l’islam, dont le soufisme.
Aujourd’hui directeur de l’Institut d’études africaines à l’Université Columbia de New-York, il porte un regard critique et sans complaisance sur les sociétés africaines contemporaines.
Il montre, par une lecture attentive des mutations sociales, politiques, économiques et culturelles des villes sénégalaises, comment se développent des stratégies, des innovations culturelles, mais aussi des recompositions sociales et spatiales sur ces territoires. Comment les ressources locales et globales se réorganisent-elles pour se mettre au service de formes inédites de mobilisation et d’actions politiques ?
Il est membre de l’Institute for Religion, Culture and Public Life, vaste programme de recherche initié par l’Université Columbia de New York sur la tolérance et ses différents modèles à travers les âges et les cultures.
Conférence animée par Luc Gwiazdzinski 

samedi 7 novembre 2015

Voyages au bout de la nuit, Revue de l'ENA n°453, juillet-août 2015


Temps biologique du repos, temps social de l’intime, la nuit a bien souvent revêtu au cours de l’histoire les habits sombres de « l’heure du crime » ou de la fantasmagorie des contes et légendes. Devenue aujourd'hui un temps social de plus en plus important, en particulier pour les jeunes, transformée en nouveau marché et en pourvoyeur important d’emplois, la nuit s’est métamorphosée aux yeux des « habitants du jour ». Cette « diurnisation de la nuit », selon la formule du géographe Luc Gwiazdzinski, a donc logiquement fait l’objet, depuis quelques années, d’une attention soutenue des acteurs publics, et n’est plus l’apanage de la seule – et mythique – brigade mondaine parisienne. Des « États généraux de la nuit à Paris » organisés par la Mairie de Paris aux initiatives de l’Etat en faveur du développement de « chartes de la vie nocturne » visant à concilier les différents usages de la nuit – repos, travail et divertissement –, les autorités publiques prennent de plus en plus en compte ce temps et cet espace particulier qu’est la nuit et en font progressivement un objet de politique publique. Parce que nous assistons à un investissement croissant de la nuit par le jour, un dialogue approfondi entre acteurs publics et privés de la nuit est nécessaire pour bâtir pas à pas une nouvelle « administration de la nuit. »


http://www.aaeena.fr/publications/la-revue/lena-hors-les-murs-revue-de-lassociation-des-anciens-eleves-de-lena/voyages-au-bout-de-la-nuit-juillet-aout-2015-ndeg453

Rien ne s'oppose à la nuit - Thomas Lavielle et Julien Neutres
De mille et une nuit ... Interroger la nocturité - Aurore Monod Becquelin et Jacques Galinier
Vers des politiques publiques de la nuit  - Luc Gwiazdzinski
The night in the Americas - Will Straw
L'Economie de la nuit - Charles Trottmann
La nuit saisie par le droit - Angélique Delorme
La Ville de Paris et la nuit - Frédéric Hocquard
La nuit, enjeu de sécurité - Bernard Boucault
La nuit enjeu social - Eric Pliez
Les nouvelles tendances de la nuit parisienne - Antoine Baduel
Le sommeil : un enjeu de santé publique - Damien Léger
Eloge de l'ombre : la nuit, enjeu culturel - Vincent Martigny
Des nuits blanches sous un ciel noir ? la protection de la nuit, nouvelle préoccupation des territoires - Collectif Renoir
Une autre vérité après minuit : Patrick Rimoux, sculpteur de lumière - Jérôme Neutres
Quand la nuit fait l'histoire - François Devoucoux du Buysson
Jean Moulin et l'ordre de la Nuit - Thomas Lavielle
La nuit au cinéma - Olivier Hébrard et Christophe Witchitz
Nuit et littérature - François Broche
La nuit avec Asmodée, ou des origines romanesques du contrôle social nocturne - Etienne Leterrier-Grimal
La nuit à Rungis - Stéphane Layani
Déambulations baudelairiennes à Orsay, la nuit - Jean-Christophe Gracia et Cyril Noël
Voyage au bout d'une nuit sans  jour - Michel Szersnovicz
Voyage au bout de l'horizon - Bernard Dujardin
Rêve ! - Emilie de Fos
Comme en plein jour - Jacques Attali

samedi 24 octobre 2015

Nous sommes Samuel
Lettre ouverte à Monsieur le Préfet de l'Isère

C'était un beau jeune homme à l'oeil tendre. Vingt ans. Ne jamais laisser dire que c'est le plus bel âge de la vie; car il est mort, d'une balle de chasseur destinée à un chevreuil, paraît-il. C'était sur un sentier de Belledonne très fréquenté, où il marchait un samedi avec un copain, étudiant comme lui; le copain ne fut que blessé.

Ainsi donc, encore une vie de volée. Au moins soixante ans de vie, selon les statistiques. Les voleurs de vie plaident l'accident; ben oui, parce que leur créneau c'est plutôt les vies animales. C'est donc un forcément regrettable accident. Mais statistiquement obligatoire : si vous mettez sur le même territoire des utilisateurs de cet espace aussi divers qu'alpinistes, passionnés des petites fleurs, observateurs tout aussi passionnés des oiseaux, familles dotées de nombreux enfants tous plus incontrôlables les uns que les autres, amoureux à la recherche d'un nid douillet à titre précaire, et chasseurs dotés d'une arme potentiellement mortelle (il faut bien), comme à l'époque où ce territoire était dix ou vingt fois moins fréquenté. Qu'imaginez-vous que cela puisse produire comme résultat ? La réponse est statistique mais très partielle : comment prendre en compte tous les temps de vie supprimés, tous les manque à vivre (c'est plus qualitatif et inclue, la douleur des parents et des proches), les pertes sèches en termes de retours sur investissements (ça coûte combien à produire un humain socialisé productif ? Les assureurs et les économistes ont mesuré cela).

Samuel, tu vois, ta mort nous coûte trop cher.

L'analyse est forcément incomplète mais la conclusion se profile : on ne peut pas sur le même territoire juxtaposer des activités dont certaines sont par définition mortifères. Par ailleurs nous ne disposons que d'une planète pour tous, que d'un territoire pour tous. Il faut donc PAR-TA-GER.
Partager le temps, les jours, pour les uns et pour les autres.
Partager l'espace, pour les uns et pour les autres.
Le temps : un jour de non-chasse, six jours de chasse ? Un cheval, une alouette ? Avez-vous mesuré le volume comparé des chasseurs et des autres usagers des espaces naturels ?
L'espace : n'est-il pas absurde d'inclure, dans les périmètres de chasse, des chemins de randonnée très fréquentés, comme celui qui va de Freydières au Refuge de la Pra, ce chemin G.R.1 où Samuel a été tué ? Ne peut-on établir un partage plus rationnel de l'espace, ou demeure-t-on dans le domaine du rapport de force entre celui qui tient le fusil et celui qui tient la cible ? Et cela y compris au sein d'un conseil municipal.

Monsieur le Préfet, n'est-il pas temps d'aider les maires à prendre des arrêtés, si possible intercommunaux, pour définir des règles organisant l'espace et le temps au plus juste des différents usages - sans coller sur la chasse une étiquette activité économique lui conférant d'emblée une priorité qu'elle n'a pas. Sans que le poids du lobby des voleurs de vie pèse davantage que celui de ceux qui portent la leur au long des chemins, tant qu'il le peuvent.

Ne pas le faire, c'est de la non assistance à Samuels en danger, et Samuel c'est nous.

Texte : Jean Jonot