vendredi 5 avril 2013

Extension du domaine de la nuit



Extension du domaine de la nuit

Interview, Luc Gwiazdzinski, Magazine Demain la ville, Bouygues, 15 mars 2013



Avec la révolution numérique, les villes sont frappées d’insomnie. Longtemps réservée au repos, la nuit devient pour les citadins un temps de travail et de fête. Un défi qui oblige les municipalités à redéfinir leur offre de services et repousser les limites du vivre-ensemble.


Dimanche 3 février 2013, 5 heures du matin. Plusieurs centaines de personnes font sagement la queue devant les grilles du Grand Palais. Une affluence digne d’un week-end de printemps, le soleil en moins. D’habitude, à cette heure, seules quelques grappes de jeunes éméchés arpentent le bas de l’avenue des Champs-Elysées. Mais ce dimanche est un jour spécial. Le dernier d’un marathon de 62 heures durant lesquels le musée a ouvert ses portes sans interruption, permettant à des milliers d’oiseaux de nuit d’admirer la rétrospective consacrée au peintre américain Edward Hopper, avant la fermeture définitive de l’exposition.

Visiter un musée la nuit, avec le chuchotement des visiteurs insomniaques pour seul bruit de fond, est une expérience unique mais plus vraiment inédite. Désormais, tous les grands musées proposent des « nocturnes », le soir en semaine ou bien certains week-ends. La nuit tend même à devenir le nouvel espace de sociabilisation autour duquel s’organisent les rendez-vous populaires de la ferveur urbaine (Nuit Blanche à Paris, Nuits Sonores à Lyon, Nuit européenne des Musées, etc.). Mais cette « festivalisation de la nuit » dont parle Jean-Yves Boulin, sociologue et chercheur à l’université Paris-Dauphine, reste un phénomène encore neuf à l’échelle de l’Histoire.

Crèches nocturnes
Même en ville, la nuit a longtemps été l’espace-temps réservé au sommeil. Un moment d’inactivité, de repos social, durant lequel seuls les poètes et les brigands sortent de leur tannière. La vie citadine se calque alors sur les rythmes naturels et l’ensoleillement. Plus tard, les journées sont rythmées par la cloche de l’Église et la sirène de l’usine. Avec les progrès de l’éclairage public, la ville devient plus sûre, donc plus vivante et festive. Au début des années 1990, les habitants des grands centres urbains se mettent à chasser la moindre parcelle de temps libre. Le travail grignote la nuit. Des métropoles internationales comme Tokyo, Londres ou New York, cités verticales et capitales boursières, ne se couchent plus. Les villes plus modestes n’échappent pas non plus à la désynchronisation des emplois du temps. Sous la pression d’habitants demandeurs de nouveaux services nocturnes, notamment en termes de mobilité, les municipalités se saisissent alors du problème. Sans surprise, c’est en Finlande que les premières crèches nocturnes ouvrent leurs portes, dans un pays où, durant une grande partie de l’année, il fait nuit même le jour…

Maire de la Nuit
Pour mieux cerner les nouveaux rythmes urbaines, des municipalités en Europe ouvrent leurs « Bureaux des Temps ». Amsterdam va plus loin et décide, en 2003, d’élire un « Maire de la Nuit » pour faciliter la coopération entre la municipalité et les acteurs de la vie nocturne, qui devient alors un enjeu central du vivre-ensemble. Partout, les élus entendent répondre aux aspirations de leurs concitoyens, mais aussi utiliser la nuit comme un outil de marketing territorial, une opportunité pour rendre leurs villes plus modernes, donc plus attractives. « C’est urbi et orbi (Ndlr : « à la ville et à l’univers ») : il y a toujours à la fois la dimension pratique et la dimension iconique, l’enjeu local et l’enjeu global » explique le géographe Luc Gwazdzinski, responsable du Master Innovation et Territoire à Grenoble (Laboratoire Pacte, UJF). À chaque ville sa stratégie de séduction. Pour attirer les investisseurs, les métropoles anglaises mettent ainsi le paquet sur la night economy, tandis que Barcelone et Berlin préfèrent surfer sur leur réputation de capitales européennes de la nuit pour attirer les touristes. Paris et Genève ont choisi de prendre le temps de la réflexion en organisant, respectivement en 2010 et 2011, des « États Généraux de la Nuit ». Dans la foulée, la cité suisse a créé son « Grand Conseil de la Nuit », un rassemblement de dirigeants d’établissements nocturnes qui s’est donné pour mission de sensibiliser les acteurs locaux tout en réveillant les nuits génevoises. « L’idée est de créer des plateformes mêlant veille, mise en réseau, lobbying et écoute permanente des citoyens sur les questions de vie nocturne » explique Luc Gwazdzinski.

Réconcilier les générations
La nuit a beau étendre son empire, les différentes familles de citadins la perçoivent et la « vivent » différemment. Pour les jeunes, elle rime avec fête et liberté. Pour les seniors, elle est plutôt synonyme de silence et de repos. Souvent, cet espace-temps encore sauvage est donc le théâtre de tensions. Nuisances sonores, pollution lumineuse, violences urbaines… Pour préserver la tranquilité des riverains, les grandes villes françaises ont élaboré des chartes de bonne conduite. À Dijon, le dispositif « Harmonuits » a permis la mise en place d’un comité de médiation citoyen pour faire tampon avant l’intervention de la police en cas de conflit. « Mais il faut encore passer la vitesse supérieure », assure Chantal Trouwborst, la conseillère municipale déléguée aux temps urbains, qui souhaite que les jeunes adultes s’impliquent plus pour faire progresser le vivre-ensemble : « On travaille avec les jeunes et les personnes âgées, majoritaires dans les conseils de quartier. Mais c’est encore difficile d’impliquer les 22-35 ans, qui entrent dans la vie professionnelle et s’occupent peu de la vie citoyenne. Nous devons leur donner envie de se faire entendre. »

Adjoint au Maire de Paris en charge du Bureau des Temps et élu du XIe arrondissement, Philippe Ducloux est sur la même longueur d’onde : « Le tissu associatif est phénoménal, les conseils de quartier font émerger plein de propositions, mais il reste encore beaucoup à faire pour renforcer le dialogue intergénérationnel », explique Mr. Ducloux, qui planche en ce moment sur « l’ouverture nocturne des centres d’animation, notamment dans les XIIe et XIXe arrondissements ».

Impliquer les jeunes dans la vie du territoire : à Rennes, l’idée a fait ses preuves. Pour lutter contre le phénomène de « biture express » dans son centre-ville, la cité bretonne s’est inspirée d’une expérience menée dans la ville espagnole de Gijon. En 2005, elle a lancé « La Nuit des 4 Jeudis », un dispositif qui propose aux 18-25 ans « une autre nuit » à travers une offre de loisirs gratuits et sans alcool. Si le succès est au rendez-vous, c’est parce que la ville a associé au programme les associations étudiantes et les jeunes porteurs de projets culturels.

Sortir de l’archipel
Animal diurne, l’homme n’est pas naturellement armé pour évoluer la nuit dans un espace urbain conçu en priorité pour ses activités de jour. En ville, obscurité rime donc souvent avec isolement. « La nuit, la ville n’est ni plus dangereuse, ni plus libre. Simplement, elle devient une caricature du jour. Tout y est exacerbé. C’est un moment de discontinuité durant lequel la ville fonctionne en archipel, comme un chapelet d’îlots coupés les uns des autres. Nous évoluons alors comme des papillons, attirés par la lumière et concentrés sur quelques espaces » analyse Luc Gwazdzinski, qui organise régulièrement des « traversées nocturnes » dans les grandes villes européennes pour « établir des passerelles entre la ville qui dort, celle qui s’amuse, celle qui se déplace et celle qui travaille ».

Pour faciliter la vie nocturne des citadins et réduire les disparités entre des centres animés et des périphéries éteintes, les municipalités développent leur offre de transports. Les vélos en libre service et les lignes de bus nocturnes sont un premier pas. À Dijon, la ligne « Pleine Lune » passe ainsi par le campus et la plupart des quartiers animés de la ville. Et à Paris, ce sont pas moins de 47 lignes de Noctilien qui permettent aux oiseaux de nuits de rentrer chez eux et aux travailleurs nocturnes de partir au travail, soit 9 millions de voyageurs par an et 31 000 clients par nuit en moyenne le week-end. Un effort important a aussi été fait pour informer les citadins sur l’évolution de la vie nocturne : Bruxelles et Lyon proposent ainsi une cartographie évolutive des lieux et services accessibles de nuit.

Éviter l’uniformisation
Avec la révolution numérique, c’est le téléphone portable qui dicte les emplois du temps, transformant la ville en un espace à la carte. Rivés aux écrans, les Français dorment moins de sept heures par nuit, soit 1h30 de sommeil en moins par rapport aux années 1960. Résultat : le coeur de la nuit, creux dans les activités, s’est réduit à 3h en Europe. Il est désormais compris entre 1h30 et 4h30 du matin, d’après les travaux de Luc Gwazdzinski. Émerge à l’horizon la figure de la ville en continu, vivante 24h/24 et 7j/7. Un mirage ? « Chaque ville a sa propre couleur temporelle. Et c’est grâce à la nuit que chacune d’elle retrouve son identité » estime Jean-Yves Boulin, qui ne croit pas à l’aseptisation et l’uniformisation programmée des métropoles. « Nous évoluons dans un temps numérique mondial, mais notre corps a besoin de temps d’arrêt. Quels sont les garde-fous qui permettront d’éviter la surchauffe ? Voilà une question dont les pouvoirs publics doivent s’emparer. Sinon, le marché le fera à leur place. Sans débat public l’arbitrage se porte sur les plus faibles qui n’ont pas le choix » souligne Luc Gwazdzinski, qui plaide pour que nous fassions de la nuit un laboratoire du vivre-ensemble, un espace de créativité et d’innovation ouverte pour inventer la ville de demain. La démocratisation de la nuit urbaine est en marche.

Nous sommes encore dans une démocratie du sommeil


Nous sommes encore dans une démocratie du sommeil

Interview, Luc Gwiazdzinski, le Courrier de Genève, 2 mars 2013

http://www.lecourrier.ch/106540/nous_sommes_encore_dans_une_democratie_du_sommeil


Sous le coup de l’augmentation des plaintes, 28 bars genevois sont menacés de fermer à minuit. Depuis quand la nuit est-elle devenue synonyme de nuisances en Europe et quelles solutions mettre en œuvre pour appréhender ce nouveau phénomène de société? Entretien avec le géographe Luc Gwiazdzinski.

Le sort des vingt-huit établissements nocturnes genevois menacés par le Service du commerce de fermer à minuit devrait être scellé en début de semaine prochaine. En attendant, la contestation fait rage sur la toile, tandis qu’une manifestation a lieu ce soir entre 22h et minuit sur la plaine de Plainpalais. Genève, comme le reste de l’Europe, fait face au défi de la nuit, entre la nécessité d’offrir une vie nocturne diversifiée et l’impondérable droit au sommeil de ses habitants.
Depuis quand la nuit est-elle devenue synonyme de nuisances et quelles solutions mettre en œuvre pour appréhender ce nouveau phénomène de société? Entretien avec Luc Gwiazdzinski, géographe associé à l’université de Grenoble, dont le nom signifie en polonais «celui qui vient des étoiles». A l’heure de la «ville polychronique», ce chercheur a plus d’un tour dans son sac.

Pourquoi la question des nuisances liées à la vie nocturne a-t-elle pris tant d’ampleur en Europe?
Luc Gwiazdzinski: Nous sommes entrés dans l’ère de la ville polychronique, ou de la cité à mille temps. Et les nuits urbaines des grandes métropoles – au sens de l’arrêt des activités – sont devenues de plus en plus courtes. Le temps des cloches de l’église ou de la sirène de l’usine qui rythmaient nos vies a laissé place au temps pivot du téléphone portable et d’internet.
Comment s’est orchestrée cette évolution?
Par l’économie, qui grignote la nuit comme elle grignote nos autres temps de pause: repas, sieste ou dimanche. Après le temps de la ville de garde puis du by night, la colonisation de la nuit par les activités du jour, a démarré dans les années 1980.
La marchandisation de la nuit a ensuite pris de l’ampleur au début des années 2000...
Oui, lorsque l’activité nocturne est devenue un argument de marketing territorial. En Grande-Bretagne, le concept de Night-time Economy a même été pensé comme outil de renouvellement urbain.
Ce front progresse et devrait nous interroger sur l’émergence et les conséquences d’une société en continu. En Europe, 18% des actifs travaillent la nuit, c’est énorme, et nous dormons en moyenne une heure de moins que nos parents sous l’effet des excitants, de la lumière et de la prolongation du flux médiatique, désormais continu.

Peut-on parler d’une démocratisation de la nuit? 
Clairement. La tendance à rechercher l’excès a toujours existé et la nuit festive est par nature un temps de la transgression. Seulement, elle a longtemps été réservée à une élite et aux artistes, comme une sorte de territoire oublié avec des organisations et des lois propres.

Pourquoi les nuisances qu’elle génère semblent soudain susciter une montée de l’intolérance?
Les gens oublient toujours qu’ils ont été jeunes. On accepte de moins en moins le bruit à mesure que l’on avance en âge alors même que l’on s’est installé en centre-ville. C’est un problème qui a toujours existé, déjà au Moyen-Âge, du temps des charivaris d’étudiants.
Seulement aujourd’hui, les proportions ont changé. La population étudiante a crû. Les interdictions de fumer ont transformé les rues en établissements à ciel ouvert, avec, soit dit en passant, des conséquences intéressantes en termes de lien social.

Et l’augmentation de la consommation d’alcool chez les jeunes?
 C’est aussi un facteur. Les consommations rapides d’alcools forts avec pour but d’accéder très vite à l’ivresse ont contribué à changer le paysage nocturne de nos villes. Incarcérés dans le présent, avec une difficulté à se projeter dans le futur, les jeunes plus que d’autres ont sans doute un besoin accru de jouissance immédiate et à la carte. Pour eux, la nuit est plus que jamais une soupape.

Pourquoi le politique a-t-il du mal à saisir l’importance de l’activité nocturne?
Le pouvoir s’intéresse d’abord à celui qui vote et dort sur place. Nous sommes encore dans une démocratie du sommeil qui ne prend pas en compte l’évolution de nos mobilités et de nos temps de vie. La nuit est longtemps restée un temps mort des politiques publiques. On a pensé nos villes comme si elles vivaient seize heures sur vingt-quatre, cinq jours sur sept et hors périodes de vacances.

Raison pour laquelle on a toujours privilégié des stratégies répressives...
Exactement. Le pouvoir a toujours cherché à contrôler la nuit, car c’est le territoire des complots. Mais les temps changent et les conflits qui émergent la nuit obligent les pouvoirs publics à s’intéresser aux nuits de nos villes, non dans une logique de contrôle et de sécurisation, mais comme un espace de projet qui puisse répondre aux besoins des habitants permanents, mais aussi aux attentes des touristes, des étudiants ou des investisseurs.
Les politiques de couvre-feu pour adolescents mises en place dans plusieurs centaines de villes aux Etats-Unis, et déclinées dans quelques cités françaises, ne semblent pas d’une grande efficacité. Les bagarres rituelles entre CRS et jeunes dans les quartiers périphériques de Strasbourg à la Saint-Sylvestre et lors de la sortie des bars de la fameuse «rue de la soif» à Rennes ont d’ailleurs montré les limites d’une logique d’affrontement.

Les prochaines étapes d’une vraie réflexion politique sur la nuit ?
 Il y a une réflexion à mener sur la localisation de la vie nocturne. On a cru bon de concentrer les établissements festifs en des endroits définis. L’expérience montre qu’il faut éviter cette concentration extrême, car à côté des quelques spots particuliers et intenses, la nuit doit rester plurielle. C’est peut-être ce que nous apprennent les tensions actuelles sur des points précis où la mixité des usages et des populations n’existe pas. En Suisse, le Flon à Lausanne a clairement montré ses limites, après les grosses bagarres qui ont secoué la capitale vaudoise durant deux nuits de mai 2012.

Certaines villes européennes sont déjà en train de chercher des solutions alternatives. Une recette gagnante? 
Il y a autant de façon de réagir qu’il y a de villes confrontées au problème de la nuit. Paris, comme Genève, a organisé des Etats généraux de la nuit. Il en est ressorti l’expérience des Pierrots de la nuit (lire ici) qui constitue une belle alternative à la répression. Plusieurs villes ont mis en place des correspondants de nuit. D’abord développés sur des quartiers périphériques pour faire face aux déserts sociaux que générait la nuit, ils sont déclinés dans les centres animés pour faire baisser la pression.
Des chartes de la vie nocturne ont fleuri dans l’Hexagone. Ont-elles prouvé leur efficacité?
L’intérêt de la démarche est d’assoir à une même table patrons d’établissements de nuit, consommateurs et habitants pour engager le dialogue. Cela contribue souvent à faire baisser les tensions. De nombreuses villes les déclinent désormais généralement à l’échelle de quartiers, comme à Lille, Grenoble ou Strasbourg.
Vous dites qu’on aurait beaucoup à apprendre du reste de l’Europe. De quels exemples en particulier?
Des villes d’Espagne qui ont connu la Movida (mouvement culturel créatif qui a touché l’ensemble de l’Espagne pendant la fin de la période de la transition démocratique espagnole, au début des années 1980, après la mort du général Franco, ndlr) et ses excès, des villes du nord de l’Europe. A Barcelone et dans les Asturies, des services comme les salles de sport municipales et les centres socioculturels ont été ouverts plus tard, pour lutter contre la délinquance juvénile. Dans les villes du nord, comme Helsinki, avec ses longues nuits, on a développé très tôt des services adaptés, en étalant l’offre culturelle, en développant un réseau de transports nocturne, en perfectionnant l’éclairage public, et même en construisant des crèches de nuit!

A Amsterdam, il existe carrément un maire de la nuit. Quelle évaluation en faites-vous?
Amsterdam montre qu’il est possible de prendre soin de la nuit. Le statut de maire permet de maintenir une attention particulière aux questions de nuit dans les politiques publiques, ce qui est encore rarement le cas ailleurs. C’est une façon d’anticiper les problèmes autour d’une plateforme ouverte

Selon vous, il faudrait réhabiliter la figure du veilleur de nuit dans les centres-villes. J’imagine une sorte de steward urbain nocturne soutenu par les commerçants pour maintenir la tranquillité. Le personnage du veilleur, avec sa cape et sa lanterne, est ancré dans le folklore de nos villes. Turkheim, en Alsace, maintient d’ailleurs cette tradition.
Dans les centres historiques, le costume et la posture du personnage contribueraient autant à l’animation qu’à la quiétude publique. On imagine également qu’un personnage capé et son fameux «dormez braves gens» aura un meilleur accueil que celui réservé aux forces de l’ordre ou aux sociétés de gardiennage.

vendredi 29 mars 2013

Carte postale du 21e arrondissement ou L’invention du périphérique



Carte postale du 21e arrondissement
ou L’invention du périphérique

Par Luc Gwiazdzinski, géographe


"La syntaxe urbaine affranchit."
Daniel Payot


Un proverbe gitan nous a avertis : "Ce n’est pas la destination mais la route qui compte". Le boulevard périphérique n’est pas un simple ruban de béton et bitume émetteur de nuisances. C’est un monument, un rite, un symbole et un mythe qui cristallise les enjeux d’une société paradoxale en mouvement. L’objet médiatique fait partie d’une géographie radiophonique familière de la France routière aux côtés de la "patte d’oie d’Herblay", du "Tunnel de Fourvière" ou du centre de "Rosny-sous-bois". À la fois coupure et couture, barrière et ouverture, porte d’entrée et possible échappée, le périphérique est paradoxe. C’est un monde à découvrir, un territoire et une frontière intérieure à investir, un imaginaire et un terrain d’aventure exceptionnel pour les acteurs de la fabrique urbaine, les artistes et toutes celles et ceux qui voudront bien l’explorer en acceptant de changer de regard. Le périphérique nous invite à être, à habiter, à exister, c’est-à-dire à "avoir sa tenue hors de soi, dans l’ouverture". Expérience sensible et dépaysement garantis.

Un territoire à explorer
Perdu quelque part entre l’intra-muros et le hors les murs, la ville-musée et la banlieue en mutation, le périphérique est une route particulière, de celles qui étourdissent et désorientent, séparent et relient. Cette infrastructure de transit qui tourne et contourne un centre qu’elle évite est aussi un territoire habité. Aux 35 km du contournement s’ajoutent les échangeurs et les bretelles, soit un réseau de près de 90 km pour une superficie totale de 1 680 000 m². Le "21e arrondissement" de la capitale dispose d’un bon niveau d’équipements avec 5 centres commerciaux, 13 parkings, 22 stations-service et 28 hôtels associés.

Un paysage en mouvement
Cette route est un paysage visuel et sonore construit pour et par la voiture. Le fleuve gronde et on l’entend de loin. Bordé de plusieurs milliers d’arbres, l’anneau à demi enterré qui passe sous un lac, un bois et une forêt compte une cinquantaine d’hectares d'espaces verts, fleuris et boisés et abrite quelques lapins visibles sur les pentes des sorties Muette ou Maillot. C’est aussi un paysage en mouvement, une mine de points de vue sur la ville et sur quelques totems ou monuments inscrits dans nos mémoires : Bercy 2, les cheminées des usines de traitement, un pont avec ses faux airs de Golden Gate à San Francisco, l’immeuble de TF1 qui renvoie à la lanterne magique, les grands Moulins de Pantin, les publicités et enseignes rouges de la ville-écran et tant d’autres objets et bâtiments mis en paysage par le parcours.

Une expérience à vivre
En regardant à travers le pare-brise, on se sent partie prenante d’une histoire urbaine qui dépasse Paris et rejoint d’autres skylines d’un copier-coller métropolitain mondialisé. À la fois ici et ailleurs, dans une étrange expérience cinétique. Comme au cinéma, on tourne autour de Paris, coincés dans nos bulles, coupés du monde réel et suspendus au-dessus de la route sur un toboggan de bitume. Assis dans nos voitures, entre vision panoramique et traveling avant permanent, chacun est à la fois spectateur et acteur du film de la ville lumière.


Des peuplades à découvrir
Plus de 100 000 personnes résident le long du tracé et subissent les nuisances. Parmi eux, les moins chanceux, les naufragés, sans domicile fixe, qui campent sur les bas-côtés. À ces résidents permanents s’ajoutent près de 325 000 "habitants temporaires" ou "périphiens" qui habitent l’espace et le temps de la mobilité. On repère d’abord la noblesse avec ses chauffeurs routiers et leurs camions aux plaques d’immatriculation exotiques. Ils vous regardent de haut mais pèsent si lourd que l’on évite de les provoquer en "duel". On ne peut échapper à la majorité, les habitués comme des poissons dans l’eau dans leurs déplacements quotidiens, surtout s’ils filent et se faufilent en scooter. Les occasionnels venus de plus loin connaissent mal le territoire et ses pratiques. Moins rapides, moins fluides, ils ont du mal à anticiper, à se glisser dans le flux et sont vite identifiés et chahutés par les impatients. Les anges gardiens forment une peuplade hétéroclite composée de policiers, de patrouilleurs et de dépanneurs. Ils sont craints ou attendus comme des sauveurs. Les nettoyeurs entretiennent la route et ses abords. À toutes ces peuplades qui habitent et cohabitent le long du boulevard, il faut ajouter la figure renouvelée de l’"auto-stoppeur", toujours prompt à s’inviter dans votre véhicule.









Des coutumes à éprouver
Dans cet embouteillage quasi-permanent, le "périphien" s’énerve car "ça n’avance pas", poursuit son activité car "il n’a pas de temps à perdre" ou bien rêvasse. La radio est son amie, un lien avec le monde à peine moins dangereux que le téléphone portable, les sandwichs, la bouteille d’eau, le paquet de gâteaux ou le sac de sucreries. Le matin, la voiture est souvent la continuité du domicile avant de devenir l’extension du bureau. Le rétroviseur fait office de miroir, les coffrets de maquillage tiennent en équilibre et les pinces à épiler s’invitent dans les narines alors que les miettes de croissant s’éparpillent sur les sièges. L’habitacle modulaire du véhicule passe du statut de salle de bain à celui de bureau, de celui de cuisine à celui de chambre à coucher, de la fonction de transport amoureux à celle de salle de cinéma avant de s’hybrider en baraque foraine et de finir en ménagerie ou en cirque avec la présence d’animaux familiers.

Un développement à venir
En parcourant à leur tour le périphérique, en y inscrivant leurs œuvres, les artistes vont le magnifier. En l’immortalisant, en collectant des images et des témoignages, ils vont le folkloriser et transformer l’objet en monument, le rite en patrimoine et les habitants en personnages. Ils vont faire surgir de nouvelles représentations, contribuer à une poétique de la route, créer une certaine esthétique du non-lieu, se rapprocher du terrain et des gens pour mieux mettre à distance et en scène. Ce faisant, ils feront sans doute surgir un périphérique à la fois plus froid et plus glamour, lui-même et son double spectaculaire. Ils vont inventer le périphérique comme d’autres avant eux ont inventé la montagne ou le rivage avant leur mise en tourisme. À l’image de la Route 66 et de la nationale 7, le périphérique aura bientôt ses nostalgiques, ses objets souvenirs cultes, ses pèlerinages et ses foules de touristes bigarrés. Quarante ans, c’est un peu trop jeune pour être enterré. Par contre, c’est un bon âge pour accéder au statut de réseau iconique ou d’icône réticulaire.
En incorporant pleinement le périphérique, en cherchant à le ré-enchanter pour mieux le dépasser, Paris ne fera qu’incorporer un bout d’elle-même, la richesse et la dynamique de ses marges.
Bonne visite et à vos cartes postales.


Luc GWIAZDZINSKI est géographe.
Enseignant-chercheur en aménagement et urbanisme à l’Université Joseph Fourier de Grenoble il est responsable du master Innovation et territoire et président du Pôle des arts urbains. Il oriente ses enseignements et ses recherches sur les questions de métropolisation, de mobilité, d’innovation et de chrono-urbanisme. Expert européen, il a dirigé de nombreux programmes de recherche, colloques internationaux, rapports, articles et ouvrages sur ces questions avec l'économiste Gilles Rabin : Urbi et orbi, 2010, l’Aube ; La fin des maires, 2007, FYP ; Si la route m’était contée, 2007, Eyrolles ; Nuits d’Europe, 2007, UTBM, Périphéries, un voyage à pied autour de Paris, 2007, l’Harmattan ; La nuit dernière frontière de la ville, 2005, l’Aube ; La nuit en questions (Dir.), 2005, L’Aube ; La ville 24h/24, 2003, l’Aube (…) /

http://peripherique.blog.lemonde.fr

Photos: Ludovic Maillard (2) et Pieter Louis( 1 et 3) / Babel photo

vendredi 15 février 2013

Master Innovation et territoire (ITER) à Grenoble




Master Innovation et territoire 

> Objectifs et débouchés :
L'objectif de cette formation "Innovation et territoire" est de former des chercheurs et des professionnels (responsables de projet, chargé de mission, chargé d'études, consultant, conseiller...) en aménagement, développement local et urbanisme capables de répondre aux attentes des collectivités, des entreprises ou des associations qui cherchent à développer de nouvelles compétences et à disposer dans leurs équipes de professionnels capables de s'adapter aux nouveaux enjeux, d'imaginer, hybrider, concevoir, créer et développer autrement et avec d'autres au-delà des frontières disciplinaires habituelles (www.masteriter.fr)


> Organisation :
La formation de deux années est construite autour de modules thématiques d'une semaine à quinze jours (cours, séminaires, ateliers, conférences, débats et travaux de terrain) construits en lien avec les associations, collectivités ou entreprises associées. Des stages de 4 mois à six mois sont prévus en France ou à l'étranger. (www.masteriter.fr)


> Programme :
Le M1 comporte les modules suivants : théorie des sciences territoriales ; Introduction à l'innovation territoriale, Innovation, environnement, nature et développement soutenable ; Innovation, temps et mobilités ; Innovation et développement économique ; innovation et gouvernance ; Innovation, art et créativité territoriale ; Innovation et métropolisation ; Méthodologie ; Innovation, tourisme, nature et loisirs (+ stage et mémoire)
Le M2 comporte les modules suivants : Innovation, communication et design des politiques publiques ; Innovation et prospective ; Innovation, imaginaires, planifications et utopies ; Innovation, nature et numérique dans les territoires métropolitains ; Citoyenneté augmentée, qualité et bien-être ; Méthodologie du mémoire et design collectif ; Anglais (+ stage + mémoire et atelier collectif annuel co-produit avec un partenaire du Master).
En seconde année, le Master Innovation et territoire propose également un parcours "Tourisme, Innovation, Transition" et un parcours en langue anglaise "International dévelopment Studies"
(www.masteriter.fr)


> Equipe pédagogique :
L'équipe pédagogique est composée des enseignants et chercheurs suivants : Philippe Bourdeau, Yves Chalas, Marie-Christine Fourny, Luc Gwiazdzinski, Bernard Pecqueur, Olivier Soubeyran, Martin Vanier et une cinquantaine d'intervenants, enseignants, chercheurs et professionnels français et étrangers. Les modules ont lieu à la Cité des territoires à Grenoble, sur les terrains d'étude mais également sous forme de cours et ateliers sur d'autres sites en France et en Europe (Genève, Milan, Tours...).
(www.masteriter.fr)


> Mots clés :
Aménagement, approche sensible, art et ville, cartographie, chrono-urbanisme, culture, développement local, développement économique, développement durable, design des politiques publiques, diagnostic territorial, ergonomie, esthétique, expertise d'usage, frontière, géographie, hybridation, imaginaire, innovation ouverte, métropolisation, mobilité, nature, politiques publiques, qualité de vie, représentations, SIG, temps des villes, tourisme, Urbanisme, ville numérique (...) (www.masteriter.fr)

 
> Informations
http://www.masteriter.fr
http://www.ujf-grenoble.fr/formation/diplomes/masters/domaine-sciences-humaines-et-sociales/master-mention-sciences-du-territoire-specialite-innovation-et-territoire-r--218715.htm

> Contacts et inscriptions :
Informations pédagogiques :
Luc.gwiazdzinski@ujf-grenoble.fr


Inscriptions administratives :
Marie-sophie.arcaina@ujf-grenoble.fr (master 1)
nadia.lachkar@ujf-grenoble.fr (master 2)




"Il faudrait que l'homme accroisse sa curiosité et accepte la complexité du monde dans lequel il vit", 
Theodore Zeldin, historien anglais, Grenoble, 28 mars 2012

 
Luc GWIAZDZINSKI, Géographe
Responsable du "Master innovation et territoire" 
Laboratoire Pacte (UMR CNRS), Université Joseph Fourier, IGA
14bis, avenue Marie Reynoard
38100 Grenoble France
Tel : 06-43-71-69-44




vendredi 18 janvier 2013


Entrer en géographie 
par Luc Gwiazdzinski

Le court terme hurlant ne peut occulter le long terme silencieux
Edgar Pisani


Besoin de boussole ?

Comme des milliers de lycéens, vous vous interrogez sans doute sur votre avenir. Comme la plupart des jeunes de votre âge, vous cherchez votre voie, vous hésitez encore… Face aux enjeux et aux pressions vous vous sentez un peu déboussolés. Certains d’entre vous n’ont pas encore d’idée précise sur leur orientation future. D’autres ont peut-être pensé à la géographie sans trop savoir de quoi il s’agissait. D’autres encore sont peut-être sensibles aux questions d’aménagement du territoire, de paysage, de tourisme ou de développement durable mais ne savent pas comment s’orienter ou s’interrogent sur les métiers et les débouchés professionnels. 
Dans tous les cas, pas de panique ! Prenez le temps de la réflexion ! Suivez-nous sur les pistes de la géographie, de l’aménagement et du développement durable !

Géographe et géographie : faites le point !

Pourquoi devenir géographe ? Comme la plupart d’entre nous, vous avez dû rêver devant des cartes et des planisphères, vous imaginer en explorateur ? Comme des générations d’écoliers vous avez dû souffrir en essayant d’apprendre par cœur les noms des sous-préfectures et les sources des grands fleuves ? Bons et mauvais souvenirs ? Mauvaise pioche dans tous les cas. En ce début de XXIème siècle, le géographe n’est ni un explorateur ni un encyclopédiste. La terre est explorée et il existe de très bons dictionnaires. Dans un monde en mutation rapide, face à la complexité des systèmes, à l’éclatement des repères, la géographie et le géographe n’ont pourtant jamais été aussi indispensables et aussi recherchés.
Quels débouchés ? Vos amis, vos parents vous interrogent peut-être. Ils testent votre détermination et accumulent les clichés. « Faire de la géographie ? Mais ça sert à quoi ? Tu n’as rien trouvé d’autre ? Tu ne connais même pas la source de la Loire et la capitale de l’Azerbaïdjan. Il n’y a pas de débouchés. Sois sérieux ! C’est ton avenir qui est en jeu. Réfléchis bien ! »
Réfléchissez bien en effet ! Ne vous laissez pas déstabiliser et répondez leur qu’ils font fausse route !
Dites leur tout d’abord que leurs références datent un peu. Ils doivent se mettre à la page ! Ils ont une géographie de retard. 
Rappelez-leur que la géographie ne se résume pas à la mémorisation de listes de capitales, de sources de fleuves ou d’altitudes de hauts sommets. C’est une discipline scientifique avec son corpus, ses méthodes, ses chercheurs et ses laboratoires reconnus.
Dites-leur que chaque acte de leur vie quotidienne se déroule dans un cadre spatial en rapport étroit avec la géographie, l’aménagement et le développement durable : habiter, se déplacer, travailler, s’amuser, voyager. De la maison au vaste monde, quelque soit l’échelle et l’activité, nous sommes concernés.
Expliquez-leur également que la géographie, l’aménagement et le développement territorial proposent de nombreux débouchés : enseignement, recherche mais aussi postes à responsabilité dans les collectivités territoriales, les associations, les agences d’urbanisme, de développement en France et en Europe (…)
Observez ensuite leurs habitudes ! Les mêmes qui semblent dubitatifs devant vos pistes d’orientations professionnelles passent des heures devant les émissions de chaînes de voyage, s’extasient devant « Le dessous des cartes » sur Arte, ne jurent plus que par les films d’All Gore ou parlent en permanence de géopolitique, de G20 et d’un besoin de « gouvernance internationale ». Les mêmes se plaignent d’avoir « la tête dans le guidon », évoquent sans cesse le besoin de prendre de la distance, la nécessité de se projeter vers l’avenir, de donner du sens pour échapper à la dictature de l’urgence. Beaucoup se disent déboussolés face à un monde trop complexe. Du local au global, on n’y comprend plus rien. Les mêmes sans doute admirent les cartes animées de la météo nationale et ne jurent plus que par leur GPS. Les mêmes encore discourent sur le développement durable et se muent en climatologue expert. Les mêmes ont du mal à s’en sortir dans l’enchevêtrement des compétences des collectivités. Les mêmes pestent contre les encombrements, se félicitent du développement des tramways et des succès du TGV. Tous critiquent l’extension des lotissements et le développement des zones d’activités identiques d’un bout à l’autre de la France sans toujours savoir qui réfléchit à cet aménagement. Ils se demandent comment faire pour vivre de manière plus harmonieuse sur nos territoires ? Les mêmes s’inquiètent de la diminution de la biodiversité, de l’extension sans fin des mégalopoles, de l’usage abusif des pesticides… 
A leur façon ils cherchent des réponses et s’appuient le plus souvent sur des réflexions, des recherches ou des outils développés ou utilisés par des géographes. A leur manière, ils sont, vous êtes géographes déjà géographe sans le savoir.
Comme vous à votre âge, nous avons hésité, pris le temps de la réflexion avant de nous plonger dans la grande aventure de la géographie. En tant que citoyens, enseignants, chercheurs ou professionnels nous n’avons jamais regretté ce choix. La géographie est la plus belle voie d’accès à la connaissance.

Choisissez votre voie !

Les voies de la géographie sont pénétrables. C’est à la fois une formation citoyenne, un certain regard sur le monde et une discipline qui ouvre sur bien des rêves et des débouchés.
Se repérer comme homme et citoyen. Où ? Pourquoi ? Ce sont là les deux questions centrales du géographe qui tente de comprendre l’organisation des phénomènes naturels et humains dans l’espace et dans le temps et peut proposer des pistes de solutions. Réchauffement climatique, conflits, mondialisation de l’économie, ratification du Traite européen de Lisbonne, réforme de l’organisation territoriale, développement local (…), nous avons besoin de repère et de territoire. Toutes les questions nous ramènent aujourd’hui à une pensée territoriale, à une intelligence de l’espace qui permette à chacun de se repérer et de comprendre le dessous des cartes et le monde complexe qui nous entoure.
Former comme enseignant. Certains par vocation ou découverte décident de choisir la voie de l’enseignement et d’entrer dans l’Education nationale comme professeurs. Après la thèse d’autres entrent à l’université pour devenir enseignants et transmettre un savoir scientifique, des concepts, des méthodes et des outils.
Eclairer comme scientifique. D’autres s’engagent plus avant dans la recherche scientifique deviennent membres de laboratoires et s’intègrent dans des réseaux nationaux et internationaux …
Agir comme professionnel. D’autres de plus en plus nombreux, ont décidé de mettre leurs connaissances et leur savoir-faire au service de l’action publique en intégrant des collectivités, agences d’urbanisme, associations de développement, organisations touristiques… voire d’intégrer des bureaux d’études prives, ou des entreprises où les compétences du géographe sont de plus en plus appréciées et reconnues.
D’autres encore ont choisi de créer leur propre activité, leur agence, leur bureau d’études et de conseil.
Toutes et tous ont des métiers passionnants et variés au croisement de nombreuses thématiques, disciplines et préoccupations du monde contemporain.
Dans son domaine, à son échelle, chaque géographe contribue à sa façon, à imaginer et construire le monde de demain. Professionnel et citoyen averti le géographe tient une place particulière dans la société.

Accédez à une formation pluridisciplinaire !

Entrer en géographie, c’est prendre le temps de murir un projet de vie, de se spécialiser au fur et à mesure des années et de choisir sa voie. Faire de la géographie, c’est l’occasion d’assouvir une curiosité et une soif de découvertes. Pour nous à Grenoble, en licence géographie aménagement de l’Institut de géographie alpine, la géographie, c’est :
Une connaissance large. Choisir les études de géographie, c’est l’assurance d’acquérir une connaissance large de l’organisation de l’espace, des hommes et de la société pour comprendre le monde qui nous entoure. 
Une approche pluridisciplinaire. S’inscrire en géographie, c’est l’assurance d’accéder à des connaissances larges et transversales dans des domaines très divers : urbanisme, architecture, géologie, biologie, sociologie, histoire, économie, environnement, sciences politiques (…)
Des outils d’analyse. Faire de la géographie, c’est acquérir la maîtrise d’outils performants d’analyse : cartographie, statistiques, enquêtes, informatique, systèmes d’information géographique (…)
Une approche de terrain. Devenir géographe c’est aussi et surtout partir à la rencontre des territoires et des populations qui y vivent, façonnent des paysages et montent des projets. C’est avoir ou acquérir le goût du terrain, des contacts humains, en ville comme à la campagne. Tout au long de la formation, théorie et travaux pratiques étroitement imbriqués facilitent la compréhension et l’assimilation.
L’apprentissage du travail en équipe. La complexité et l’échelle des problèmes abordés obligent naturellement à développer des méthodes de travail en équipe sous forme d’ateliers et de travaux pratiques.
Une ouverture sur la vie professionnelle. Choisir la géographie, c’est être en contact avec des professionnels qui interviennent tout au long de la formation, vous accueillent en stage et facilitent votre insertion.
L’accès à des débats de société. Entrer en géographie, c’est nécessairement acquérir des savoirs et des savoir-faire mais aussi se former comme citoyen en participant à des débats de société, sur la ville, l’environnement ou le développement durable à la cité des territoires ou dans les institutions et réseaux partenaires.
Le goût de l’innovation. Les professionnels de haut niveau et les enseignants-chercheurs qui  encadrent les formations sont à la pointe dans leur domaine et sauront vous transmettre leur passion et vous pousser au questionnement et à l’innovation.
L’ouverture au Monde. L’IGA entretient et développe des réseaux dans le monde entier qui peuvent être activés pour suivre une partie de la formation dans un autre pays ou bénéficier de contacts et informations hors de France.

Construisez un parcours adapté !

Des passerelles vers d’autres disciplines. A tout moment, cette formation pluridisciplinaire autorise les passerelles vers d’autres disciplines, sciences sociales et permet à chacun de construire son parcours.
Des parcours spécialisés après la licence. Plusieurs parcours s’offrent à vous à l’issue de la première année de licence de géographie et aménagement : « aménagement et développement territorial », « environnement, « géographie et histoires (prépa enseignement) » et « urbanisme ». Vous pouvez également poursuivre en licence professionnelle à l’UJF notamment en « Aménagement du paysage », « Aménagement du territoire et urbanisme » autour de spécialités comme « concepteur de produits touristiques patrimoniaux », « gestionnaire des espaces naturels de loisirs » (…) ou ailleurs. 
Des formations en master. Vous trouverez à la Cité des territoires un large panel de formations en master : « Ingénierie du développement territorial », « Economie territoriale et développement économique », « Villes, territoires et durabilité », « Tourisme durable et dynamiques territoriales », « Evaluation et gestion de l’environnement et des paysages de montagne », « Systèmes territoriaux et aide à la décision en environnement », « Maîtrise d’ouvrage et management du patrimoine bâti », « Urbanisme et projet urbain », « Urbanisme, habitat et coopération internationale », …
De nombreux métiers et débouchés. Enfin  et surtout, la formation en géographie c’est l’assurance de trouver un métier à différents niveaux, dans l’enseignement bien sûr, dans l’aménagement, le développement territorial, l’urbanisme, l’environnement, le tourisme et nombre d’autres domaines : « Agent de développement local » dans un « pays », un parc naturel régional, une collectivité territoriale, une chambre consulaire, un office du tourisme, une association ou une agence de développement (…) ; « chargé d’études ou de mission » dans un bureau d’études, une chambre consulaire, une collectivité territoriale, une agence d’urbanisme, une agence de développement, etc., « Technicien supérieur en système d’information géographique » ; « Agent technique » en environnement, « technicien gestionnaire d’espaces naturels protégés » dans un parc naturel ou une collectivité territoriale ; « Chargé d’études ou de mission en environnement » dans un bureau d’études, une agence d’urbanisme, une collectivité territoriale, un parc naturel, une entreprise ; « Animateur environnement » ou « éco-conseiller » dans un parc national, parc régional, collectivités territoriales, associations) ; « Conseiller ou technicien supérieur » dans le domaine de l’agriculture durable, de l’agro-pastoralisme ; « Agent de développement « politique de la ville » dans une collectivité territoriale ou une association ; « Chargé d’études ou de mission dans le domaine de l’urbanisme et de la planification (projet urbain, ZAC, SCoT, PLU, etc.) dans un bureau d’études, une agence d’urbanisme ou une collectivité territoriale.
A chaque étape de votre formation, vous pouvez aussi faire le choix des concours. Vous aurez accès à la formation d’enseignant dans le primaire et le secondaire, aux métiers de la documentation, de l’édition et du journalisme, aux métiers de l’éducation hors enseignement et au concours de rédacteur ou de technicien dans les collectivités territoriales. Sachez qu’au-delà des parcours balisés, des géographes ont fait leur chemin dans de nombreux autres domaines où leur habitude de la transversalité et de la complexité fait merveille à tous les niveaux de responsabilité tant dans le public que dans le privé.

Vous pouvez naturellement décider de poursuivre vos études ailleurs en France ou dans le reste de l’Europe dans des universités avec lesquelles nous collaborons. A l’issue des cinq années de formation si vous décidez de poursuivre dans la recherche et l’enseignement supérieur, nous pourrons imaginer avec vous un sujet de thèse. Mais c’est déjà une autre histoire.

Prenez votre avenir en main !

Si vous pensez que l’avenir se construit, si vous souhaitez comprendre le monde qui vous entoure, anticiper les mutations, participer à l’organisation des territoires de vie de demain, trouver un métier passionnant, alors suivez la piste de la géographie !
Vous êtes convaincu et vous avez décidé de devenir géographe ? Nous espérons vous voir bientôt à l’Institut de Géographie alpine et la Cité des territoires. Nos équipes administratives et pédagogiques feront tout pour faciliter votre insertion et vous aider à construire votre parcours.
Vous vous interrogez encore ? Alors déployez une carte devant vous… ou coupez tout droit ! Prenez la route ! Partez explorer votre ville, village ou territoire ! Vous reviendrez la tête pleine de questions, d’idées et de rêves géographiques. Vous n’avez pas le temps ? Levez le nez, regardez autour de vous ! Où, comment et pourquoi les gens vivent, travaillent et se déplacent ? La géographie commence ici et maintenant, tout près de chez vous. Avec ou sans formation.
Vous hésitez toujours ? Partez à la rencontre des géographes sur leurs lieux de travail à l’Université, dans les laboratoires, dans les agences, bureaux d’études et collectivités ! Venez nous rencontrer…ou interrogez les anciens, celles et ceux qui ont fait ce parcours, cette formation. Ils sauront vous convaincre.
Vous avez toutes les cartes en main et l’avenir vous appartient.
A vous de jouer !


Luc Gwiazdzinski 
au nom des enseignants de l’Institut de Géographie Alpine
iga.ujf-grenoble.fr
Masteriter.fr

mercredi 26 décembre 2012

Construire la Fabrique métropolitaine

Par Luc Gwiazdzinski

Le débat sur la « métropole » engagé dans le cadre de la réforme des collectivités locales, peut parfois s’enliser dans un échange entre élus ou techniciens autour des avantages et inconvénients de la réforme du  « mécano institutionnel ». Chacun pèse le pour et le contre et personne n’échappe aux petits calculs égoïstes.

Certains évoquent les dates butoirs, le besoin de peser ou la nécessité d’obtenir son ticket d’entrée dans le club fermé des « entités-urbaines-qui comptent » avec leur demi-million d’habitants. D’autres s’inquiètent du gigantisme, de la perte d’autonomie, de l’éloignement du pouvoir, de la confiscation démocratique ou craignent « d’être mangés » par la ville centre. On se presse et on ferraille au comptoir de « l’épicerie métropolitaine » alors que les enjeux sont sans doute ailleurs, entre acceptation des réalités et indispensables dépassements. Il est temps de faire fi  des frontières et des chapelles pour engager une dynamique de « fabrique métropolitaine » qui rime avec créativité, innovation ouverte et citoyenneté, un processus continu dans lequel chacun trouve sa place.

Accepter le réel
Il faut d’abord rappeler quelques points essentiels. Tout d’abord, Grenoble n’est pas une exception. Dans notre vieux pays de France sans véritable tradition urbaine, toutes les agglomérations sont à la recherche d’une nouvelle concordance entre l’urbs et la civitas, de nouvelles relations entre les centres et les périphéries et d’une masse critique leur permettant d’exister sur les cartes d’Europe. En clair, tous les gouvernements urbains courent après leur banlieue et tentent de s’aligner sur les nouveaux critères du marketing territorial.  Tous cherchent à répondre aux besoins de la population locale et à renforcer leur attractivité. Tous sont écartelés entre le « care » et le « ranking »
Second point : dans les faits, Grenoble est déjà une métropole fonctionnelle discontinue, c’est-à-dire une « ville au-delà de la ville », une entité urbaine qui attire chaque jour des dizaines de milliers de personnes qu’elle rejette en soirée loin des limites administratives communales dans une gigantesque pulsation. Grenoble est une métropole sous tension comme une autre, une entité urbaine qui rencontre les problèmes de toutes les agglomérations de cette taille avec cependant des contraintes supplémentaires liées à la topographie.
Dernier élément : l’accord métropolitain négocié entre collectivités sera nécessairement imparfait et éphémère tant les territoires, les temps et les mobilités de nos contemporains sont labiles. Périodiquement convoqués au chevet de la ville pour définir les nouveaux « territoires pertinents », les géographes savent les limites d’un exercice sans cesse recommencé.

Changer de regard
Passée ce travail de « banalisation métropolitaine », Grenoble doit changer de regard sur elle-même. Elle doit penser ses temps et ses espaces, s’imaginer comme un système de flux et non comme un système de stocks où chacun se crispe naturellement sur ses acquis. Elle doit prendre conscience que la richesse vient aussi des marges tant spatiales, culturelles, sociales, économiques que temporelles. C’est là que se trouve une part de l’énergie, de la créativité et de l’innovation métropolitaine.
Grenoble doit dépasser la question centre-périphérie pour construire une réflexion plus équilibrée en termes de co-développement. Confrontée à un devoir d’innovation qui la renvoie à ses nobles traditions, Grenoble ne doit pas se crisper devant l’enjeu en mettant la barre trop haut et en imaginant que le monde entier a les yeux rivés sur la « capitale des Alpes », guettant la réponse du « laboratoire grenoblois » aux problèmes de développement soutenable. Personne ne nous attend. Nous pouvons donc oeuvrer sans peur d’expérimenter et de nous tromper. Se penser comme un « laboratoire d’excellence » peut parfois être inhibant, impressionner plutôt que stimuler. Le mieux est l’ennemi du bien. Grenoble doit être fière de son passé mais ne pas s’enfermer dans la litanie des innovations passée tant en matière de mécanique, de technologie que de dynamique sociale.
La métropole doit prendre conscience que les solutions en termes de développement durable ne se trouvent pas seulement du côté des infrastructures et des technologies mais aussi du côté des usages et de l’organisation de la société métropolitaine. Elles peuvent et doivent émerger de démarches d’intelligence collective et de mobilisation de l’expertise citoyenne. La métropole c’est d’abord une nouvelle façon de penser et de vivre ensemble hors les murs et hors les bornes. C’est dans la « fabrique métropolitaine », cette capacité de co-construire la « ville au-delà de la ville », que Grenoble peut et doit innover. Cette innovation territoriale est à la foi un défi et un formidable moteur.

Luc Gwiazdzinski

Imaginer une métropole augmentée

Par Luc Gwiazdzinski
 
La « fabrique métropolitaine » n’est pas qu’une question mécanique et quantitative de dépassement de limites administratives et d’accroissement du nombre d’habitants. C’est d’abord et avant tout une démarche qualitative et hors les murs, un processus continu permettant d’imaginer les contours d’une « métropole augmentée ».

Enchanter le territoire
Face à la demande de réassurance d’une population en mal de repères, il est nécessaire de construire une « figure territoriale » même imparfaite, dans laquelle peuvent se développer les enjeux, s’élaborer les stratégies et se définir des politiques. L’invention du territoire a des bienfaits qui dépassent les seuls aspects technico-administratifs. Au-delà du nouveau mécano institutionnel et du projet métropolitain qui devront naître d’un travail collectif, il faut « éditorialiser » la métropole, définir un « grand récit » qui donne du sens, construire une « figure métropolitaine partagée » qui permette de travailler ensemble. Il faut construire un « imaginaire métropolitain » qui dépasse celui de « la métropole subie des encombrements et des pollutions ».
En ce sens le ré-enchantement du lien entre la ville et la montagne est indispensable, obligeant à changer d’échelle et à prendre de la hauteur. La relecture des multiples apports des immigrations italienne et maghrébine est une autre nécessité. Si la Tour Perret est un symbole architectural de la métropole, il faut alors la restaurer au plus vite. Le téléphérique qui mène au haut-lieu de la Bastille est sans doute plus signifiant pour les Grenoblois et les visiteurs. Dans ce cas les projets de transport par câbles qui resurgissent sont essentiels.
Au-delà des seuls arguments techniques et financiers, ils contribueront au renforcement d’une identité métropolitaine en mouvement par le lien avec l’industrie et les savoir-faire régionaux, par la mise en scène ludique et touristique de la métropole des hauteurs, par l’émergence d’un « cinquième paysage » (après le bâti urbain, l’Isère, l’autoroute et la montagne) et comme symbole lisible et fonctionnel du lien revivifié entre ville et montagne. Il faut choisir cette route haute, rendre la métropole désirable, l’érotiser, écrire une feuille de route qui rassemble et lui donner de la chair en ouvrant quelques chantiers à la hauteur des ambitions.

Ouvrir des chantiers
Il faut d’abord faire tomber les frontières entre recherche et expérimentation, citoyens et décideurs pour construire un écosystème métropolitain, à partir d’une « plate-forme territoriale d’innovation ouverte » qui croise les compétences de différents acteurs : collectivités, entreprises, associations, créatifs et citoyens autour de l’idée de « métropole augmentée ».
Un territoire qui se développe, qui attire et où chacun se sent bien est un territoire organisé où l’on se rencontre. En ce sens, Grenoble doit s’attacher à définir une nouvelle « métropolité », c’est-à-dire une urbanité particulière à cette échelle qui passe par la définition d’espaces publics et de lieux de rencontre de qualité (places, cheminements…) mais également par la définition de grands moments métropolitains, de grands événements qui permettent à des hommes et des femmes aux emplois du temps et aux territoires vécus éclatés, de « faire métropole ».
Elle doit sculpter des temps communs, construire un « urbanisme des temps » en soignant également ses saisons, ses dimanches, ses nuits, tous ces temps particuliers qui font aussi la dynamique et l’identité d’un territoire. Face aux embouteillages, elle peut répliquer par un « pacte de mobilité » qui joue sur les horaires de travail. Face à l’absence d’espace, elle doit penser ses bâtiments et ses espaces publics en termes de modularité, de malléabilité et de polyvalence en évitant de traduire la moindre demande de service en nouvel espace consommé.
Grenoble doit prendre soin de celles et ceux nombreux qui viennent d’ailleurs pour étudier, travailler ou se divertir mais votent ailleurs, là où ils dorment. Elle doit imaginer de nouvelles formes d’association de ces habitants temporaires à la vie de la métropole en développant une « citoyenneté éphémère ». Elle doit également se doter d’une politique touristique qui associe les touristes à la construction du territoire.
Plus que de limites strictes, Grenoble a besoin de définir des « projets d’intérêt métropolitains » qui permettent de focaliser les énergies sur de vraies ambitions collectives.  Elle doit se doter de « compétences métropolitaines » sur des politiques à cette échelle comme les transports ou l’environnement par exemple.
Il faut éviter de transformer les nouvelles limites en frontières en développant les coopérations à différentes échelles de la région à l’Arc Alpin. Enfin et surtout, construire une métropole augmentée, nécessite de connaître et de prendre soin  des « métropolitains » ces être étranges et mal connus qui vivent là, à cette échelle. Vous, moi et tous les autres.
Les quelques pistes proposées font partie d’un plaidoyer pour un large débat autour de l’idée de « métropole augmentée », l’envie d’une réflexion qui dépasse les bornes autour d’un territoire pensé comme une « plateforme d’innovation ouverte », sans chapelles, ni frontières. Un petit territoire du Jura nous a prévenus : « le Haut-Saugeais n’a pas de frontières, ce sont ses voisins qui sont bornés ».

Luc Gwiazdzinski